10 octobre 2014

Rencontre avec Colette et ses sulfures

L'été, nous vivons beaucoup dehors, au jardin. Les repas sont pris en terrasse et l'après-midi nous sommes souvent à la plage. Alors, quand vient l'automne, j'ai l'impression de redécouvrir mon salon et chaque fois c'est un plaisir de prendre le temps de regarder mes sulfures.

Je les collectionne depuis de nombreuses années. Ma première acquisition fut cette boule aux fleurs blanches bordées de rose, à droite de la photo. Je l'avais achetée dans une foire aux antiquités.

DSCF3749

Ensuite, tout au long de mes voyages j'en ai acheté d'autres : à Burford en Angleterre, en Bohême, à Venise ... Certaines m'ont été aussi offertes notamment celle au premier plan, par ma meilleure amie. Je suis fascinée par ces boules " presse-papiers ". Qu'on les regarde pas dessus ...

2781667053_51bb983fbb_z

... ou sous un autre angle pour apercevoir tous les détails.

6416040451_25f424e04c_z

Et les couleurs, les inspirations sont toujours si différentes, que vous en avez des multitudes !

99b58b088f67b78c9e0e03d7540a5c69

Ici des fleurs ...

5a88b4edd79f923ad8d8b4a1325444d6

... ou là des papillons.

a8f1e0c2da9c9bb29caf4648c9e8f1b2

Mais aujourd'hui j'ai envie de vous parler un peu plus longuement de l'écrivain Colette et ses sulfures.

Dans un recueil de souvenirs, l'écrivain américain Truman Capote, décrivit en 1970 à l'âge de 66 ans, sa visite à Colette dans son appartement du Palais Royal à Paris.

A l'époque, un après-midi de Juin 1947, il avait 23 ans et le coeur qui battait très fort car il était attendu pour prendre le thé avec la grande et célèbre Colette, âgée de 74 ans. Elle le reçoit dans sa chambre.

" J'eus d'abord un mouvement de surprise... Rougeaude et le cheveu crêpelé, de type presque africain. Des yeux de chat des faubourgs, obliques et bardés de khôl : un visage tout de finesse, mobile comme l'eau. Les joues fardées de rouge. Les lèvres d'une minceur et d'une ductilité de fil d'acier, mais rehaussées d'écarlate comme celles d'une vraie fille des rues.

Et la chambre renvoyait au luxueux confinement de ses romans les plus profanes - disons, Chéri et La fin de Chéri - avec des rideaux de velours, dressés contre la lumière de Juin. On s'apercevait bientôt que les murs étaient tendus de soie : que la lumière, rosâtre et chaude, filtrait de lampes drapées dans des foulards rose pâle. Un parfum - quelque mélange de roses et d'oranges, de tilleul et de musc - se balançait dans l'air comme une buée : comme une brume légère. "

Ce qui frappe ensuite le jeune écrivain c'est sa collection de sulfures.

DOISNEAU-2713-Colette-aux-sulfures-PARIS-1950

" Il y avait peut-être un millier de ces presse-papiers couvrant deux tables de chaque côté du lit : des demi-sphères de cristal emprisonnant des lézards verts, des salamandres, des mosaïques millefiori, des libellules, un panier de poires, des papillons posés sur des feuilles de fougère, des tourbillonnements de blanc et de rose, et de bleu et de blanc, ruisselant comme un feu d'artifice ; de jolis parterres de pensées, d'éclatantes poinsetties ...

Elle m'expliqua que c'était là le dernier raffinement des cristalliers, de ces artisans inventifs de la joaillerie du cristal qui firent la réputation des créations de Baccarat, de Saint Louis et de Clichy.

Celle-ci, tenez dit-elle c'est un Baccarat. Il porte un nom : La Rose Blanche.

C'était une pièce taillée à facettes, exempte absolument de bulles d'air et décorée d'un seul motif très simple : une rose blanche, montée sur centre fixe, avec quelques feuilles vertes. "

A la question de Colette voulant savoir quelles images l'une de ces pièces lui évoquait, il répond : " Des petites filles dans leurs robes de communiante. "

Ravie de la réponse, Colette lui offre alors le sulfure.

C'est à partir de ce moment qu'il est devenu collectionneur de ces sulfures et qu'il se mettra à la recherche des plus beaux partout dans le monde.

Les plus beaux ils les emportait toujours avec lui, dans tous ses voyages. " Parce qu'une fois éparpillés tout autour de la pièce, ils peuvent me faire paraître chaleureuse, et personnelle, et rassurante, la plus anonyme et sinistre des chambres d'hôtel. "

Parfois aussi il en offrait un à une personne chère et c'était toujours un de ses préférés, en souvenir des paroles de Colette :

" Mon petit, cela ne rime à rien d'offrir une chose si l'on n'y tient pas personnellement. " !

Posté par CottGwladys à 16:07 - Commentaires [10] - Permalien [#]

Commentaires

  • Très beau billet !!!!! tes sulfures sont très beaux et variés ! belle collection !!!
    Claudie

    Posté par claudie, 10 octobre 2014 à 16:43
  • Cristallins

    Vos sulfures sont magnifiques, mais lorsqu'on commence une collection, jusqu'où va t-on ?
    J'en ai aussi quelques uns, la place manque.....
    Merci pour ces belles photos.
    Maud

    Posté par grisette, 10 octobre 2014 à 17:16
  • Quelle belle collection tu as.
    Bientôt tu rattrape Colette.
    Merci pour l'histoire de cet écrivain, j'ai bien aimé.
    Bonne soirée
    Bises
    Maryse

    Posté par poussière d'Arge, 10 octobre 2014 à 17:31
  • magnifique collection c'est un plaisir pour les yeux merci de nous faire partager
    camaieu

    Posté par camaieu, 10 octobre 2014 à 19:42
  • L'histoire de la rencontre de cet écrivain et de Colette est touchante et empreinte de sagesse. Les sulfures sont magnifiques!
    Martine

    Posté par martine, 10 octobre 2014 à 20:20
  • très jolie et tu t'adresses à une passionnée
    j'en ai mis un peu sur un de mes derniers billet
    elles sont un peu disséminées un peu partout dans la maison
    ma plus belle vient d'Irlande
    bien sur ils en existent en verre et en cristale
    tu sais j'ai failli mettre le feu à ma maison
    une sulfure était sur un rebord de fenêtre
    et à une certaine heure , assez rapide le soleil se reflété sur la sulfure , renvoyant une chaleur sur un autre obget qui a fondu
    si je l'avais laissé , le feu aurait pu se propager très rapidement
    bonne journée
    edith (iris)

    Posté par iris, 11 octobre 2014 à 12:47
  • TRUMAN Capote
    un écrivain de toute beauté ou il joue un rôle dans le livre
    " Ne tirer pas sur l'oiseau moqueur "
    de Harper Lee ( son amie )
    et il est surtout l'auteur " De sang froid " un fait divers qu'il a suivi
    en temps que journaliste aux États Unis ( 1960) oeuvre maitresse qui a été mis en film
    un film à voir absolument
    bonne journée
    edith (iris)

    Posté par iris, 11 octobre 2014 à 13:34
  • Moi qui aime les écrits de Colette je ne savais pas qu'elle collectionnait les sulfures, mais cela ne m'étonne absolument pas.
    C'est une bien belle collection que tu as et je te souhaite d'en trouver d'autres aussi belles.

    Posté par sabina garrigues, 11 octobre 2014 à 21:29
  • Une belle rencontre empreinte de sagesse sur cette dernière citation ...

    Posté par Céline, 12 octobre 2014 à 07:20
  • merci pour cet article, Colette est mon écrivain préféré et j'adore les sulfures même si je n'en ai pas!

    Posté par stéphanie, 22 octobre 2014 à 23:07

Poster un commentaire